Celle qui n’y croyait plus…

Elle passe sa vie à se demander si tout va bien chez les autres, sans s’occuper d’elle-même. Elle coure après les nouvelles et se nourrit des mauvaises. Elle s’angoisse pour un rien et n’imagine que des suites dramatiques à des situations bien trop ordinaires.

Elle répète à tout va qu’elle est heureuse. Un peu. Par moment. Certainement. Mais son visage dessine une autre réalité. Elle se dit en forme physiquement, mais décrit son état en d’autres termes plus inquiétants à ses amies au téléphone. Elle passe de la joie à la tristesse, de l’espoir à la peur en dix secondes chrono.

Elle voudrait changer. Changer de peau. Changer de vie. Changer. Mais elle n’ose pas. Les contraintes du mariage ne lui siéent plus. La vie semble fade. Elle s’aigrie à mesure du temps qui passe. Elle en colère contre les autres, contre elle-même. Elle n’ose pas. La bienséance, ses valeurs, le regard des autres, la peine des autres l’en empêchent. Elle rêve de solitude mais serait-elle heureuse si elle était seule au quotidien, s’il n’y avait pas âme qui vive autour d’elle plus de quelques heures, de quelques jours.

Elle voudrait partir à l’autre bout du monde ou rentrer dans les ordres. Du silence et rien d’autre. Plus de cris, ni de larmes. Plus d’enfant malheureux ni de mari pour lui dire ce qu’elle a à faire. Dormir. Et attendre que le temps passe, loin de tout ce qui la fait souffrir.

Son passé. Il est toujours là, accroché à sa mémoire. Il ne se détache pas. L’enfant meurtrie regarde le monde prendre feu. Son passé a déterminé sa vie. Elle n’y peut rien. Elle s’y attache, comme une manière de prouver qu’elle ne pourra jamais être heureuse, ni réussir là où ses parents ont échoué.

Elle avance, malgré les vents contraires et les vagues violentes. Dehors, elle donne le change, elle porte son masque de femme fière et forte, son sourire de façade qui n’éblouit que ceux qui ne la connaissent pas si bien. Certains savent mais préfèrent penser que ça ira mieux demain, que le divorce dont elle parle n’est qu’une idée de plus qui ne veut rien dire, que ses envies de tout foutre en l’air ne sont que des doutes qu’elle ne sait comment contrôler. D’autres y voient un début de dépression, un retour en arrière, un repli forcé et contrôlé mais qui risque fort de faire des dégâts.

Qu’il est dur d’être là, de ne pas juger, d’accepter cet état de fait. Qu’il est dur d’être sans ressource face à cette douleur persistante, qui semble s’éterniser, que les années n’apaisent pas. Qu’il est difficile de savoir quoi faire, comment agir, sans se perdre encore une fois.

Chacun est responsable de son propre bonheur. Le constat est frustrant autant que libérateur. Qu’il est dur de savoir qu’on ne peut rien y faire, que tout l’amour que l’on a ne changera pas la donne. Qu’il est dur d’assister au déclin d’un être cher, qui croit en la vie incertaine mais qui n’arrive pas à l’aimer plus que ça.

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Crédit Alexandra Mann – Pinterest

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16 thoughts on “Celle qui n’y croyait plus…

  1. Je connais si bien celle que tu décris, celle qui ne peut se résoudre à changer la donne quoi qu’elle en dise, celle qui s’oblige à porter le poids du passé et celui des convenances alors qu’elle pourrait choisir de les laisser là pour continuer plus légère, celle qui s’entête à subir et ne choisit rien… Il est extrêmement décourageant de voir qu’on ne peut rien y faire, mais comme tu le dis, “Chacun est responsable de son propre bonheur. Le constat est frustrant autant que libérateur.” C’est exactement ça.

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    • Je crois que dans nos deux histoires Marie, nous pensons à la même personne en lisant ces lignes. Nous sommes là, souvent impuissants, face à une situation qui fait souffrir l’autre. Merci Marie

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  2. Chacun est responsable de son propre bonheur… je trouve que ce constat ouvre toutes les portes. Il crie bien haut que l’on peut tous faire en sorte d’être heureux… j’aime bien tes mots Marie, ils sont beaux même lorsqu’ils dépeignent la tristesse !

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    • Merci beaucoup Fedora. A force de penser qu’il appartient aux autres de nous rendre heureux, on perd tout contact avec le pouvoir qui est en nous, de choisir ce bonheur justement. Je crois que nous avons tous le pouvoir d’être heureux, il me suffit de voir des personnes privées de tout, confrontées aux pires atrocités de la vie, se relever et sourire.

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  3. C’est encore parfois mon sentiment cette tristesse ou cette boule au fond de moi qui ressurgit malgré le bonheur et qui me dévore quand je n’y prend pas garde, très beau texte encore une fois Maros, oui chacun est responsable de son propre bonheur alors travaillons à notre bonheur, plein de bises Marie à vous deux, et le bonjour à tes parents!

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    • Le tout est d’en avoir conscience Catherine et de faire en sorte que cette boule ne nous consume pas. Grosses et douces pensées à toi. Mille merci pour tout.

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    • C’est douloureux Bernard. Et pourtant nous ne sommes pas responsables de ce mal être, mais pas non plus capables de remédier au problème…

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  4. Il y en a tant des personnes comme elle… Tu décris si bien et avec tant de force ses sentiments que j’ai l’impression de la connaître, de la reconnaître… Merci Marie ! Grosses bises ❤

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  5. En lisant cet article j’ai su que tu parlais de ta maman, tout en pudeur (je me demandais si j’allais te le demander, mais j’ai eu la confirmation dans les commentaires !). On ne peut pas rendre les gens heureux à leur place, c’est triste, c’est dur à accepter, moi-même j’aimerai encore trop souvent que qqn fasse mon bonheur à ma place, mais on est seul maître à bord…

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    • Seuls mâitres à bord, oui Petite Yaye. Et si parfois c’est difficile, c’est aussi notre plus grand chance, pouvoir décider et choisir, ne pas laisser les autres le faire à notre place. J’ai attendu longtemps que quelqu’un me rende heureuse, je sais de quoi je parle. Grosses bises et prends bien soin de toi.

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      • Lorsque j’ai réalisé que j’étais responsable de ma vie, je me suis enfin sentie libérée. C’est vrai que cela engage beaucoup, le poids de nos souffrances mais aussi la liberté de choisir son bonheur.

        Comme tu dis ici, pas facile de voir quelqu’un souffrir et de ne pouvoir rien faire. Car quoi que l’on dise, c’est mal interprété ou pas entendu… C’est parfois ma difficulté: accepter que l’autre soit là où il est et que s’il ne veut pas mon aide, il n’y a rien que je puisse faire. C’est aussi accepter que l’autre est moi et que je suis l’autre, mais qu’il vit sa vie, son expérience à sa façon et que dans l’absolu de l’univers, tout est parfait tel qu’il est.
        Toutefois, j’apporte ma petite touche en portant de l’amour et de la lumière envers ces êtres, comme d’autres l’ont fait pour moi. Et je rêve qu’ils réalisent qu’ils sont, eux aussi, amour, lumière, pure énergie…

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Un petit mot doux pour la route...

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