Faire le deuil des vivants

Il y a des jours où je lui en veux, je lui en veux beaucoup même.

Les autres jours, j’y pense de moins en moins. Les autres jours, tout me paraît loin. Je prends mes distances avec ces deux dernières années, délicates et difficiles.

Si je me sens mieux avec mon histoire, notre histoire, si j’arrive à passer des caps, à avancer plus sereinement, il y a toujours des moments où je plonge, où je me sens seule, perdue, impuissante.

Il y a des jours où je voudrai pouvoir mentir, effrontément, sans ciller. Ces jours où un rendez-vous chez le médecin fait vaciller mon équilibre. Ces jours où j’entends quelqu’un me dire « vous ne prenez pas la pilule. Vous désirez un autre enfant ? ».

Je reste sans voix. Et à cet instant-là, j’ai mal, terriblement mal. Je dois parler. Je dois raconter mon histoire, répondre à la suite sans fin des « pourquoi » qui s’enchaînent. Elle est un peu tarabiscotée mon histoire. Je ne suis même plus sûre d’en connaître les causes, d’en saisir les subtilités, d’en comprendre les rouages. Avec le recul, je me rends compte que j’ai pris un des chemins les plus difficiles. La chute est plus rude quand on tombe d’une montagne que lorsque l’on dévale une colline.

J’ai eu la mauvaise idée de faire du tri dans mes écrits. Je suis tombée de haut. J’y croyais. A l’époque, j’y croyais fermement. Même quand ma vie prenait l’eau de toutes parts, j’y croyais. Je lui ai donné ma confiance, sans hésiter. J’ai rendu les armes. J’ai abandonné mes idéaux et j’ai cru que c’était une bonne chose. J’ai cru qu’il me faisait du bien, qu’il m’aimait bien, qu’il était un type bien. Mais je vivais sur quelle planète quand j’ai écrit tout ça ?

Je devais avoir une piètre image de l’amour pour penser que notre relation s’inscrivait dans cette démarche-là, pour penser que l’humiliation et le mépris étaient des données acceptables, que ses absences et ses silences étaient justifiées par mon comportement, mes sentiments.

Comment ai-je fait pour nier ma souffrance à ce point ? Comment ai-je fait pour ne pas voir ce qui crevait ma vie ? J’ai supporté parce que j’ai placé un voile sur une vérité trop lourde à encaisser. J’ai supporté, certaine que c’était lui. Ca devait être lui.

Il y a des jours où je lui en veux, je lui en veux de tout ça, de ce vide, ce silence, je lui en veux pour tout ce qu’il m’a pris, tout ce qu’il m’a promis sans jamais rien me donner.

Et la colère sourde qui se tait revient sur le devant de la scène. J’apprends à la laisser s’exprimer. J’apprends à l’accueillir, à l’accepter sans porter de jugement sur ce que je ressens. J’apprends à faire le deuil des vivants.

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Source Peone Tumblr

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34 thoughts on “Faire le deuil des vivants

  1. Petitgris says:

    Comme tes mots sonnent justes ! Faire le deuil d’un vivant est plus difficile que lorsqu’il y a un décès. Tu croyais comme nous toutes à l’amour, quand il est à sens unique c’est l’impasse. La colère resurgira encore de loin en loin mais tu as fait le chemin qui mène vers la sérénité 🙂 Bel après midi Marie Bisous

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    • Marie Kléber says:

      Tu me comprends toujours aussi bien Paulette et tes mots sont justes et apaisants. Tout ne se fait pas en un jour. Voilà il faut accepter les phases de doutes, d’angoisse, de colère et savoir savourer la joie, l’harmonie, la pâix.
      Affecteuses pensées de Paris.

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  2. La Nature et moi says:

    Que de chemin parcouru, Marie ! Mais il y a des jours où le passé nous colle à la peau et on s’abîme à vouloir l’effacer encore et encore jusqu’à ce qu’il ne laisse plus aucune trace. Ces jours-là seront de moins en moins nombreux, avec le temps… Bon courage à toi ma chère Marie ! Grosses bises ❤

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    • Marie Kléber says:

      C’est bien vrai, ils sont de moins en moins nombreux et comme c’est bon de souffler, de se sentir un peu mieux chaque jour Karine. Mais voilà la vie n’est pas linéaire et parfois la colère prend le dessus, la déception aussi, la peur un peu parfois.
      Mille merci pour tout. Bises de nous deux

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    • Marie Kléber says:

      J’arrive à ne plus penser à ça, tant que ça, Petite Yaye. Ce qui est parfois difficile, ce sont ces questions qui arrivent à un moment auquel je ne m’y attends. Il faut que j’y réponde et alors je me prends ma réalité en pleine figure…Un père absent, une communication inexistante, l’espace médiatisé, la peur de l’enlèvement, le divorce pour faute.
      Merci en tous cas pour ton soutien qui fait du bien.

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  3. Orlane Astrid Boudier says:

    Je pense que chaque texte que tu écriras ici-même me donneront toujours des frissons. Peut-être parce qu’il y a une part en moi qui se reconnait dans tes écrits. Et surtout parce que tu utilises des mots qui me plaisent, qui me heurtent, une véritable séduction. Continue ainsi, et surtout : ne laisse jamais ton passé te rattraper.

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    • Marie Kléber says:

      Merci beaucoup Orlane, tes mots me touchent vraiment beaucoup. C’est un peu ça écrire, transmettre ses émotions et faire que ces émotions touchent les autres.
      Quand ça prend, c’est extra!

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  4. fedora says:

    Tu étais simplement une femme amoureuse… ça nous arrive à toutes un jour ou l’autre de nous fourvoyer… Si tu savais comme j’ai pu être aveugle ! Mais voilà, la vie continue et le passé est passé… gros bisous ma belle

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    • Marie Kléber says:

      Et l’amour ça nous en fait faire des bêtises ou plutôt ça nous en fait prendre des chemins cabossés, pas vraiment agréables à fréquenter Fedora.
      Le passé n’a pas lieu d’être au présent, mais parfois il refait surface sans crier gare. Il faut juste apprendre à le laisser de côté. Merci beaucoup et bises à toi

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  5. Charlie Dupin says:

    Comme je te comprends…
    L’important est que tu ais ouvert les yeux et que tu construis un avenir radieux pour toi et ton petit garçon. N’aies pas honte d’avoir été, soit heureuse d’être…
    Gros bisous Marie !

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    • Marie Kléber says:

      “N’aies pas honte d’avoir été, soit heureuse d’être”…J’aime beaucoup. Tu sais que tu devrais déposer cette citation Charlie, sans rire.
      J’avoue que ce n’est difficile que par moments, le reste du temps j’arrive à penser à autre chose. J’ai aujourd’hui la vie que je veux, avec une petite ombre au tableau, qui s’inscruste un peu trop de temps en temps. Juste ça.
      Mercu ma belle et bonne journée à toi.

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  6. dhelicat says:

    c’est dur de te lire Marie car c’est le plus difficile, en plein cœur de la tourmente du divorce je me souviens que je disais “cela serait tellement plus simple s’il était mort!!!” et quand une collègue avait perdu son mari prématurèment: ” ce n’est pas à moi qu’arriverait cette chance c’est dire l’état dans lequel on est… car c’est dur très dur de faire le deuil des vivants! de loin en loin comme dit Paulette tu auras encore des accès de colère puis cela s’estompera avec le temps “on n’oublie pas on s’habitue” a vivre avec ces souvenirs douloureux, tu vas désormais avec Tonio vers ton avenir …et ton petit garçon est le plus beau des cadeaux, je t’embrasse Marie ainsi que le petit homme

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    • Marie Kléber says:

      J’y ai souvent pensé Catherine…
      Parce que oui, on oublie, on passe à autre chose, et d’un coup d’un seul, il y a un mot, un truc soudain qui nous rappelle que tout n’est pas rose, que nous sommes en plein divorce et les souvenirs douloureux refont surface, et ça fait un peu mal quand même, autant l’admettre, plutot que de se voiler la face une fois de plus.
      Mais j’avance et le sourire de l’escargot vaut tout l’or du monde. Grosses bises et bonne journée à toi

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  7. MAG says:

    as-tu vraiment autre chose à dire à ton médecin que “en ce moment, je n’ai personne dans ma vie et cette situation perdurera” ? il n’a pas besoin d’autre explication si ta santé n’est pas en jeu ; inutile de te fragiliser un peu plus ;
    il y a trois façons de considérer l’autre, quel qu’il soit : l’amour (de la bienveillance à l’amour), la haine (là aussi on trouve une grande palette), et l’indifférence ;
    tu es passée de l’un à l’autre, deux sentiments opposés mais qui accordent de l’importance ; il te reste maintenant à trouver l’accès au troisième, le seul qui libère
    ne sois pas en colère contre toi, il s’est passé ce qui devait se passer ; l’humour, rire de soi en pointant le ridicule de ce que l’on a pu faire d’idiot (parce que c’était vraiment naze), et tu balaiera tout ce passé au rang de souvenir lointain
    ce type d’individu sent de loin la fille ou la femme qui cherche à prendre en charge qui que ce soit, pourvu que la tâche soit ardu ; le beau prince a ainsi toute latitude pour émouvoir, lui pauvre victime de sa mère, de… bref le pas chanceux sait prendre dans son filet, attendant le moment d’être lui-même lorsqu’il sera sur d’avoir bien ferré sa victime
    le mien valait bien le tien, il m’a fallu rire de moi pour écarter toute idée néfaste, vengeance et autre parce qu’il ne faut pas remuer la m… si l’on veut sortir indemne d’une pareille histoire
    j’y suis arrivée, mais hélas on ne se refait pas ! j’ai l’impression de les attirer comme un aimant, mais maintenant c’est sans espoir…pour eux ; le rire sauve
    je te souhaite d’arriver vite à cette indifférence, qui te rendra la vie future plus agréable pour toi et pour ton petit bout qui ne pourra pas rester éternellement dans sa coquille ; et attention, Marie, de ne pas recommencer ;
    tu es en bonne voie, bises

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    • Marie Kléber says:

      J’avoue que ton commentaire m’a prise de court.
      Raconter ma vie au docteur n’était pas prévu. Mais voilà c’était ma première visite chez la gynéco et qui dit première visite, dit batterie de questions. Alors oui j’aurai pu mentir, mais bon je n’excelle pas dans cet art. Je n’ai personne dans ma vie en ce moment, c’est un fait et ça ne me dérange pas. Demain est un autre jour, tout le monde le sait.
      Dans ma vie de tous les jours, je pense de moins en moins au passé, à la rupture, je pense de moins en moins à lui. Je me dis que je gérerai le problèmes quand ils se présenteront. Mais là il a fallut que je réponde à des questions et je me suis pris MA vérité en pleine face.
      Je n’ai pas de haine contre lui mais je lui en veux, c’est vrai, pour tout ce gâchis, pour cette mélasse, ce silence de merde.

      Rire de moi, j’y arrive de temps en temps. J’essaye du moins. Mais il y a des jours où la vie me rattrape et quand on vit avec la peur quasi-omniprésente de l’enlèvement potentiel, c’est pas toujours évident. Alors oui, beaucoup me disent que je l’ai cherché. Alors souvent je garde mes doutes et mes peurs pour moi, j’essaye d’emmerder le moins de personnes possible.

      Merci pour tes encouragements. Oui j’avance, à mon rythme et parfois je me fais mal, je trébuche. Mais j’avance.

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  8. Les ÉlucubraNines (@ElucubraNines) says:

    J’ai l’impression qu’on arrive à se convaincre qu’on est amoureuse, que c’est lui, c’est sûr et à s’investir à 100% dans une relation qui est vouée à l’échec parce que le temps presse. Depuis toute petite, j’ai voulu un enfant avant mes 20 ans. Dans les faits, quand j’avais 20 ans je ne pensais absolument pas à ça, même si j’étais en couple depuis plusieurs années. Et ça n’aurait peut-être pas été une si mauvaise idée, parce qu’après, j’ai cumulé des relations de merde et répété toujours la même erreur de m’investir à 100%, de ne pas douter, de ne surtout pas regarder la vérité en face parce que tout recommencer, ce serait trop long, et peut-être que je ne trouverais jamais personne, et que je n’aurais jamais d’enfants. Et je m’enfermais dans ces relations merdiques alors que tout me crier « pars ! pars ! pars! ». Mais quand on a la tête dans le guidon, difficile de prendre le recul qu’on a quelques années, quelques mois ou même quelques semaines après?
    Et plus le temps passe, moins les hommes sont pressés, et plus c’est compliqué pour nous, et plus c’est compliqué plus on fait n’importe quoi…

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    • Marie Kléber says:

      On est très forts dans ce domaine, même quand tout prend l’eau, on est capable de se dire que ça ira mieux, qu’on y arrivera, qu’on est amoureux. Même quand tout prête à penser qu’on va droit à notre perte, nous, on tient coute que coute.
      Comme tu le dis, on finit dans des histoires pas du tout faites pour nous, avec des types pas du tout à la hauteur. Et on s’enfonce parce que le temps passe et qu’on veut être comme tout le monde.
      Mais ce n’est pas une prédestination. On peut toujours renverser la vapeur, sois en certaine. Ca prend du temps mais un jour on ne se fait plus avoir, on refuse de se faire mal encore une fois..
      Merci beaucoup et bonne continuation à toi.

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  9. Illyria says:

    Tu avais cette vision des choses car il le fallait pour te protéger toi et t’empêcher d’être trop malheureuse. Pour te justifier de rester dans cette situation. C’est compréhensible et c’est normal. Le principal c’est que tu avances depuis et que tu apprennes. C’est ce que tu fais, tu es sur la bonne voie ! Courage !

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    • Marie Kléber says:

      Merci Illyria. Tu as raison, c’était une manière de me protéger. J’avais peur de lui, peur de cette histoire mais aussi peur de ma vie sans lui. J’étais toute en paradoxe.
      Merci pour tes encouragements. Oui j’avance et je vais beaucoup mieux. C’est déjà beaucoup.

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  10. Marie May says:

    Tu es dure avec toi ma belle!
    C’est plutôt beau, je trouve, ce courage que tu as eu… Tu t’es trompé? Apparemment… Tu as cru que c’était possible? Il semblerait que oui… Mais ça ne fait pas de toi quelqu’un de naïf, au mieux une personne estimant que chaque être humain est capable de s’améliorer et ça, tu ne peux pas te le reprocher…
    Des bises

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    • Marie Kléber says:

      Beau, je n’avais jamais vu ça sous cet angle Marie. Mais tu as peut-être raison.
      En fait ce qui me trouble le plus c’est de mre revoir 5/6 ans en arrière, de constater que j’avais VRAIMENT l’impression d’être bien, d’être heureuse, d’avoir trouvé ma paix, alors même que j’étais malheureuse comme les pîerres. On ne peut pas se taper la tête contre les murs et hurler de rage (au sens propre) quand on est heureuse…
      Merci pour tes mots. Grosses bises

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  11. Marie says:

    Que dire de plus que tout ce qui a été dit ? Les blessures mettent du temps à guérir et il n’est pas si facile de se pardonner à soi-même d’avoir accepté l’inacceptable. Charlie a raison, n’aie pas honte de ce que tu as été, sois fière de ce que tu es aujourd’hui, avec tout ce chemin parcouru !

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    • Marie Kléber says:

      Merci beaucoup Marie. C’est en effet un chemin et quand je regarde en arrière, je me dis que j’avance bien, même si il y a des jours ou tout refais surface et il faut gérer.
      Grosses bises.

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  12. Jordane says:

    On est tous passé par là, je compatis.
    A toi de donner une tournure positive à ce qu’il t’arrive et à ne pas te laisser aller au négatif !
    Surement quelque chose de mieux se présentera à toi dans les semaines à venir.
    Rappelle toi que tourner la page c’est bien, mais parfois il faut savoir aussi changer de livre !
    Que la force soit avec toi !
    Jordane

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  13. maviedebrune says:

    C’est tellement juste … Parfois “quand on est dedans” on ne se rends compte de rien et avec le recul on se dit “et beh” … Mais comme tu le dis si bien, il faut apprendre à accepter ce qu’on ressent, aussi bien la joie que la colère.
    Tu as tout dis, tu es sur la bonne voie … ♥Gros Bisous

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    • Marie Kléber says:

      Tout à fait, la joie comme la colère. Il faut composer avec nos émotions. Et j’ai remarqué qu’en les acceptant on dépense moins d’énergie et elles finissent par passer.
      Bises ma belle et merci.

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  14. iliadelle says:

    J’ai regardé des photos de moi hier par hasard, en cherchant autre chose. Ces photos dataient de l’époque où j’étais une épave, et en les regardant je me suis encore demandée pourquoi je n’avais rien vu. La souffrance coulait de mon visage; la blessure était ouverte et personne ne m’avait tendue un miroir. Et les questions se sont encore mise à pleuvoir : pourquoi me rabaissait-il? pourquoi m’humiliait-il? pourquoi me torturait-il?…et je me taisais pour faire bonne figure en société. Je protégeais son image comme une stupide.
    Tout cela est derrière moi. Je suis devenue une autre, c’est à dire moi-même. Que du chemin j’ai parcouru ..Mais les questions demeurent et la colère revient par moment.
    Merci d’avoir été mon porte-parole dans ce magnifique article et tant d’autres.

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    • Marie Kléber says:

      Merci beaucoup à toi d’avoir laissé ces quelques mots touchants, émouvants.
      Les questions fusent à un moment donné. Mais je crois que ces épreuves là nous apprennent toujours quelque chose sur nous. En sortir est un acte très courageux, mais quand on voit la vie que l’on reconstruit, on se dit que ça en vaut la peine, d’avoir tiré un trait sur ce passé douloureux.
      Je te souhaite le meilleur. Et encore merci.

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Un petit mot doux pour la route...

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