Partir sans se retourner

Quand on parle de violence au sein du couple, vu de l’extérieur, on se demande souvent, pourquoi tant de femmes restent à l’intérieur d’une relation qui les détruit.

Je me suis moi-même longtemps posé cette question.

On reste pour plusieurs raisons. Pour les enfants. Par amour. Par peur de ne pas savoir gérer seule. Par crainte des représailles. On reste car on pense toujours que l’autre va changer. On reste par manque de moyens financiers. On reste à cause de la fatigue, de l’épuisement. On reste en se disant qu’on peut anticiper les crises, qu’on arrive mieux à gérer la tempête, qu’on va s’en sortir, qu’on va réussir à créer cette famille dont on a toujours rêvé.

On reste pour tout un tas de raisons qui échappent au monde qui nous entoure. Mais qui peut comprendre ?

Et puis un jour, il y a un déclic, une phrase de trop, un coup plus fort que d’habitude, une menace qui plane. Et on décide de partir.

Partir. Rien de plus simple. C’est sûrement ce que le reste du monde pense.

Souvent, on part et on revient. Les promesses ont raison de nous. De toute façon, sans l’autre, c’est trop dur, on n’y arrive pas, il nous manque. On y croit encore une fois, plus fort cette fois.

Partir pour de bon, c’est le début d’une autre histoire troublante, pesante. C’est le début de quelque chose jamais envisagé, qui se concrétise, qui fait peur et qui fait mal.

On en chie, bien comme il faut. On pleure. On craque. On a envie de revenir mais on tient bon. On a envie d’en finir mais on résiste. On a besoin d’être entouré, d’être écouté. On a besoin de comprendre pourquoi. On a envie de savoir comment on s’en sort vraiment. On a besoin de savoir qu’on n’est pas seul, qu’il y a des bras autour de nous, prêts à nous empêcher de tomber, de replonger.

Partir c’est comme se désintoxiquer. Ca prend du temps. Ca demande beaucoup de courage, énormément de volonté, de l’énergie et beaucoup d’amour.

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Source

Partir, c’est se retrouver face à soi et se prendre une bonne claque en pleine figure, c’est se faire mal pour avoir encore l’impression d’exister.

Partir, c’est apprendre à s’aimer, à se libérer, à revivre. Mais ça ne se fait en un jour.

Partir, c’est avancer de trois pas et reculer de deux, sans jamais abandonner.

Toutes les femmes ne peuvent pas partir. Ou n’y arrivent pas. Toutes les femmes ne sont pas entourées. Certaines n’ont plus de force pour mettre un terme à leur enfer. Certaines se trouvent tellement laides et incapables, qu’elles n’ont plus d’envies, plus de rêves. Beaucoup avancent comme des fantômes au milieu d’un chaos sans fin et elles gardent un sourire de façade pour que personne ne sache ce qui les détruit. D’autres ne se rendent même plus compte que ce qu’elles endurent est inacceptable.

C’est bien pour ça qu’il faut continuer à se battre pour que cette violence sourde et silencieuse cesse, pour que les femmes osent se confier, en parler, sans se sentir mal à l’aise ou honteuses, pour qu’elles arrivent à retrouver une vie digne et qu’elles reprennent confiance en elles, en leur capacité à aimer, à être aimées.

C’est un combat comme un autre.

C’est le mien en tous cas. Car chaque fois que je croise le visage d’une femme aux abois, je me prends une décharge électrique en plein cœur.

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42 thoughts on “Partir sans se retourner

  1. Marie says:

    Les raisons qui font qu’une femme reste alors qu’elle vit un enfer sont tellement complexes. En observant un exemple que j’ai sous les yeux, j’en suis venue à la conclusion que certaines de ces femmes sont incapables de se vivre autrement que dans un rôle de victime. Ce rôle devient leur façon d’exister en dehors duquel elles ne sont plus rien. Je ne dis pas, bien sûr, que c’est le cas de toutes les femmes concernées par la violence conjugale, mais c’est en tout cas une observation que j’ai pu faire personnellement. Et c’est très triste 😦

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    • Marie Kléber says:

      Le fait de souffrir nous donne parfois la “fausse” impression d’exister Marie. On finit par ne se sentir bien que dans la peau d’une victime. Bien sûr tous les cas sont différents. Mais cette situation vécue par beaucoup trop de femmes demeure triste et inacceptable. Il faut repenser l’action, la communication sur ce sujet délicat.

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    • Marie Kléber says:

      Merci Sophie. J’ai aussi la chance d’être très entourée. Sans ça, c’est presque mission impossible de s’en sortir.

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  2. La Fripouille says:

    Faut trouver le courage de dire stop et de partir avant que ça ne dégénère. Partir pour mieux revenir (j’adore cette phrase).
    Faut faire comme les 2b3.. Paaaartir un jouuur sans retouuuur ♪ sans se retourner, ne pas regretter ♪

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    • Marie Kléber says:

      Il faut ou faudrait Asmaa. Mais ce n’est pas donné à toutes les femmes. Pour certaines c’est plus difficile que pour d’autres.
      Pourtant en partant on se donne une chance d’avoir la vie que l’on veut vraiment et d’être heureux un jour.

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  3. petiteyaye says:

    Comme une désintox, la réussite du “partir sans se retourner”, outre une vraie dose de volonté et de courage, demande un vrai encadrement et soutien de l’entourage je pense, tu le soulignes bien dans ton texte ! Je ne connais pas les raisons et les conditions de ton départ mais m’imagine souvent que ces facteurs ont pu à un instant t (t pour trop plein !) être réunis…

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    • Marie Kléber says:

      La présence de l’entourage, famille et amis, est essentielle Petite Yaye. Sinon les chances de rechutes sont innombrables. A un instant t en effet, j’ai compris qu’il fallait partir avant qu’il ne soit trop tard (avec un enfant né, c’est beaucoup plus difficile).
      Sans le soutien de mes proches, encore aujourd’hui, j’aurai replongé c’est certain.

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      • Marie Kléber says:

        Je prends conscience chaque jour que je suis partie à temps, puisque l’escargot était encore dans mon ventre. Avec un enfant et quand on est seule aussi, éloignée de tout et de tous le plus souvent, c’est presque mission impossible. Je sais que si je n’avais pas quitté l’Irlande, je serai retournée vivre avec lui. Je le savais, c’est pour ça que je suis revenue en France. J’ai juste saisi ma chance, à cet instant t. Si j’avais attendu une seconde de plus, je l’aurai raté et qui sait où j’en serai aujourd”hui…

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    • Marie Kléber says:

      Chaque jour, je me dis que j’ai bien fait Karine, je prends conscience que j’avais signé pour une vie qui ne me convenait pas et qui ne m’aurait apporté que larmes et désespoir. Aujourd’hui j’ai cette chance de pouvoir reconstruire ma vie…
      Je te remercie sincèrement pour tes mots toujours si justes.
      Grosses bises de nous deux.

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  4. Scénario anticrise says:

    On reste parce que l’autre a fait le vide autour de vous. Parce que l’image qu’on a de soi est complètement dégradée. Parce qu’aussi on a aimé cet homme. Parce qu’on ne s’aime plus soi même. Parce qu’on a pas su en parler. Parce qu’on ne comprend pas ce qui vous arrive. Parce qu’on a peur. Parce qu’on a mal. Parce qu’on est seule. Parce que la violence vous a tuée.
    Jusqu’au jour où parfois, soudain, on ne sait pas pourquoi, la vie revient.
    Alors on part. On quitte. Et on n’oublie jamais qu’on a manqué mourir.
    Ne jugez pas ces femmes. Jamais. Vous pouvez toutes être l’une d’elles.

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  5. childhoodisbetter says:

    C’est tellement magnifique, tellement vrai et tellement poignant ce que tu as écrit que les mots me manquent… Pour avoir connu “indirectement” une situation de ce type, je pense que tu n’aurais pas pu mieux décrire cet énorme combat pour s’en sortir. Il faut un courage immense pour partir sans se retourner, c’est effrayant, on ne sait pas du tout où cette nouvelle route va mener, on doit mourir de peur… Mais c’est aussi la décision qui sauve une vie. Comme je suis fière et heureuse que tu ais réussi à la prendre ❤ Merci pour ce texte merveilleux. Plein de Bisous ma Marie.

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    • Marie Kléber says:

      C’est très déstabilisant de partir ma belle. Tout nous apparait comme une montagne. Tout est à reconstruire et devant l’ampleur de la tâche on se sent parfois bien seule.
      Mais c’est possible. Un jour la lumière brille. C’est mon témoignage. Rien ne justifie la violence, jamais. Tout acte de violence est intolérable. Les femmes ont une force incroyable, elles peuvent s’en sortir. Mais quelques fois la prise de conscience est difficile, le choix de partir est une déchirure, un pas dans le vide.

      Mille merci pour tes encouragements. Tu es adorable.

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  6. La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau says:

    On reste parce qu’on l’aime, lui, pas ses coups, ses insultes bien sûr, mais ces moments à côté, ces moments d’avant. On reste parce qu’à force, on croit qu’on ne vaut rien, et comme on ne vaut rien, comment pourrait-on renaître?
    On part quand quelque chose est mort en nous. L’espoir, l’amour, l’idée qu’on est rien sans l’autre, la honte.
    Après, le chemin est long et plein d’embûches. Mais l’objectif en vaut toujours la peine.
    Bonne route, Marie.

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    • Marie Kléber says:

      On reste pour toutes ces choses là.
      On part pour tant de raisons.
      Et puis on se reconstruit doucement. Le chemin est très long, je ne pensais pas qu’on en bavait autant après.
      Mille merci La fille aux yeux couleur menthe à l’eau et belle continuation à toi aussi dans ta nouvelle vie.

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  7. dhelicat says:

    et oui Marie, c’est tout cela et quand après on regarde en arrière, on se dit que le chemin parcouru a été énorme que l’on a avancé que la vie finalement est drôlement belle une fois libérée… mais il faut passer par ce chemin long et si difficile, parfois on ne peut se décider ne jamais jeter la pierre chacune de nous est différente … une fois la porte refermée sur la vie que l’on a choisi, les clés en main de notre devenir que l’on est bien. Même s’il encore plein d’étapes de murs à franchir et que cela semble insurmontable: 7 ans après je n’ai aucun regret (sauf celui de ne pas être partie plus tôt mais on part quand on est prête! bonne soirée embrasse le petit homme pour moi

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    • Marie Kléber says:

      Je pense en effet qu’on part quand on est prête Catherine, quand on prend conscience que quelque chose ne va pas, qu’il faut agir sous peine de sombrer si bas qu’on n’aura plus jamais assez de force pour remonter à la surface.
      Chaque histoire est différente. Si nous voulons aider les autres, ne les jugeons surtout pas mais tendons leur la main…

      Mille merci et grosses bises de nous deux.

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    • Marie Kléber says:

      La prise de conscience et la décision de partir est un passage difficile, un tournant douloureux. Parfois on passe le cap, parfois pas.
      Beaucoup trop facile de juger.
      Mille merci à toi MamzelDree.

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  8. Ingrid says:

    Mon ex, avec qui je suis restée 3 ans, n’a jamais levé la main sur moi. Par contre, il avait une emprise incroyable sur ma personne ! Il a réussi à me retourner le cerveau, me faire énormément culpabiliser, me faire croire que j’étais une merde sans lui etc… Je lui mangeais dans la main. J’avais fini par me dire que c’était normal. J’ai perdu toute confiance, dignité, respect de ma personne etc… J’ai même failli en mourir…

    C’est après que je me suis dis “Mais qu’est-ce que tu as pu être conne ma pauvre ! Il te suffisait de dire stop et de partir”. Mais lorsqu’on est en plein dedans, c’est une autre histoire. Et seule la personne qui la vit peut savoir/juger…

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    • Marie Kléber says:

      Merci pour le partage de ton témoignage Ingrid. J’ai vécu quelque chose de similaire, pas de coup mais une emprise qui m’a complètement bousillée.
      Dire stop, partir, on y pense après, on se dit qu’on aurait du, mais quand on est les deux pieds dans la vase, moralement et physiquement épuisée, c’est très difficile.
      C’est pour cela qu’il ne faut jamais juger les autres je pense, c’est du moins ce que cette expérience douloureuse m’a appris.
      Une fois qu’on en est sorti, ça fait un bien fou. Mille merci et bonne continuation.

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  9. nath says:

    On reste parce qu’on est grosse, conne et moche ….avec tout ça , comment imaginer pouvoir partir et puis un jour le déclic, les années à se remettre des coups et des insultes et puis recommencer une nouvelle vie, et s’apercevoir un jour que l’on est heureuse.Plein de courage à toi.

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    • Marie Kléber says:

      On reste parce qu’on se SENT conne, moche, sale Nath, parce que l’autre nous l’a tellement répété qu’on se dit que c’est vrai.
      Le déclic un jour en effet. On dit Stop et on part pour une nouvelle vie, pas facile. Mais la victoire c’est bien le jour où on prend conscience que l’on est heureux…Au fond partir valait le coup.
      Merci et bonne continuation à toi.

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  10. ptitedelph says:

    Il m’est souvent arrivé de me mettre à la place de toutes ces femmes que je voyais en détresse, dans la rue, sans connaître le problème moi-même, on remarque malgré tout certains comportements, si on y regarde bien. On se doute du moins… mais pourquoi elles restent… et j’en suis toujours arrivée aux raisons que tu as évoquées, parce que ce n’est pas si simple effectivement. Il faut avoir une sacrée force de caractère, être entourée et même avec çà, c’est le parcours du combattant… tu as eu le courage de partir, comme tu dis, avant qu’il ne soit trop tard et franchement, je te tire mon chapeau ❤ à ta nouvelle vie tant méritée, ma belle

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    • Marie Kléber says:

      Mille merci Delphine. Partir, c’est un véritable parcours du combattant. C’est possibe, c’est vital aussi mais ça demande un entourage à la hauteur, d’accepter de se faire aider pour remonter la pente.
      Je t’embrasse bien fort. Je remercie chaque jour le ciel pour la chance que j’ai d’en être là où j’en suis aujourd’hui.

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  11. Charly says:

    Parfois, on tombe sur des billets comme celui là qu’on aimerait commenter tellement ils ont pu nous toucher, tellement on s’est sentit happé par ce qui est exprimé. Mais face à la force des propos et à la beauté des mots, on ne peut que regarder bêtement notre curseur clignoter. On ne trouve rien à dire qui puisse être à la hauteur.

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    • Marie Kléber says:

      Tes mots me touchent beaucoup Charly. Merci beaucoup. Ce message me tenait à coeur et je suis heureuse qu’il ait autant interpellé ceux et celles qui me lisent ou me découvrent à l’occasion.

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  12. una idea says:

    Partir, c’est vraiment une bonne décision que tu as prise, courage et vitale… Et sûrement que ton billet aidera des femmes qui sont en ce moment en plein doute.

    Gros bisous Marie et que les bonnes ondes soient avec toi sur ton chemin 😉

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    • Marie Kléber says:

      C’était vital. Et avec le recul, je peux dire que j’ai bien fait.
      J’espère en effet que ces mots qui me tenaient à coeur pourront aider certaines femmes. C’est un peu mon combat, ma faiblesse aussi peut-être, car je peux peu de choses au fond…
      Grosses bises à toi et merci pour tout

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Un petit mot doux pour la route...

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