Le corps des femmes leur appartient

Il est étrange pour moi de devoir écrire ces mots en 2014, alors même qu’à travers le monde, le corps des femmes est maltraité, asservi, violé.

La loi Veil a été voté en France il y a 40 ans, rendant légal l’avortement. Mais aujourd’hui encore, une femme qui décide d’avorter n’est pas respectée, en tant qu’être humain, dans son choix.

Il y a quelques mois à peine, une de mes amies a décidé de ne pas garder le bébé qu’elle portait. A l’annonce de la nouvelle de sa grossesse, son petit ami lui a dit de but en blanc « je serais là pour l’avortement ». Elle a pesé le pour et le contre, s’est dit qu’elle pourrait sûrement l’élever seule mais qu’elle n’était pas prête, qu’elle ne se sentait pas à la hauteur de la tâche. Elle a décidé d’avorter. Le jour de l’échographie, on a posé le moniteur sur son ventre et on lui a dit « regardez c’est votre bébé là ». Manque de respect. Horreur.

Je me demande comment on peut faire ça, comment on peut, à ce point, manquer de tact.

La décision d’avorter n’est jamais un choix facile à faire. Toutes les femmes qui sont passées par là vous le diront. Mais c’est un choix, leur choix et le moins que l’on puisse faire pour ces femmes, c’est de les accompagner le plus sereinement possible dans ce choix.

La suite de l’histoire, c’est celle de beaucoup de femmes. Une pilule abortive ou une anesthésie locale. Et puis le néant. On rentre. On sort. C’est fini. On ne peut parler à personne du vide à l’intérieur de soi, il n’y a pas d’accompagnement psychologique. La vie reprend. Et beaucoup de femmes portent leur choix comme une honte, attachée à chaque centimètre de leur être.

Je ne parle pas de toutes ces femmes vivant dans des pays dépourvus de soins, de toutes ces femmes pour lesquelles l’avortement se fait clandestinement, dans des conditions désastreuses. Je ne parle pas de ces enfants blessées, de ces vies détruites, de ces blessures à vie.

Mais je me dis que même si un pays comme la France n’est pas prêt à mettre en place une politique basée sur le respect des droits de la femme, qui va le faire ?

Il est temps de se rendre compte que la femme a une identité, une vérité, qu’elle est un être humain au même titre que l’homme, qu’elle n’est pas juste un objet de désir, un objet que l’on possède, qu’elle n’est ni la propriété d’un père, d’un frère ou d’un mari, que son corps lui appartient et qu’elle est à même de faire, seule, des choix responsables.

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Source – Pinterest (Warrior Princess)

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21 thoughts on “Le corps des femmes leur appartient

  1. Laurie says:

    Et le désarroi quand tu frappes à la porte des médecins et qu’on te répond que M. ou Mme Machin “ne s’occupe pas des histoires d’avortement” … Ah bon, vous êtes sympas mais je vais où ? Bref, il y a encore du boulot !

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    • Marie Kléber says:

      “des histoires d’avortement”, déjà rien que ça, c’est inadmissible. Il y a encore beaucoup de choses à faire Laurie, le combat n’est pas fini.

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  2. elsadit says:

    On a parfois l’impression que la société à tellement peur des femmes qu’elle ne veut pas leurs laisser le contrôle sur leurs propres corps. Mais qui pensent aux conséquences pour un enfant qui n’a pas été voulu? N’est ce pas pire de voir un enfant qui n’est pas aimé ou qui porte une marque à vie de la non volonté de sa mère de l’avoir? Et que dire des hommes? A ce que je sache il faut être deux pour concevoir un enfant, c’est une double responsabilité, et ce n’est pas pour autant qu”on leur impose la vasectomie! Alors qu’on nous laisse le choix de disposer ou non de notre maternité!

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    • Marie Kléber says:

      La sociéte a peur des femmes, c’est une évidence elsa. C’est toujours aux conséquences que je pense, pour l’enfant, mais aussi la mère, le père, pour le nombre de vies qu’une naissance non désirée, non préparée peut détruire.

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    • Marie Kléber says:

      Une grande avancée Catherine! Mais depuis quelques années, j’ai l’impression qu’on regresse pas mal. Constat alarmant.

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    • Marie Kléber says:

      Les gens ne sont jamais d’accord. Ils leur faut la perfection, mais nous savons bien que c’est impossible. Chacun, chacune fait comme il peut.

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  3. petiteyaye says:

    Avancer sur les droits, les lois, les mises en oeuvre.Et ne pas reculer aussi… Petite victoire en Espagne ces derniers jours : ils abandonnent finalement le projet de loi qui remettait sérieusement en cause le droit à l’IVG, comme quoi la mobilisation, ça sert !

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    • Marie Kléber says:

      Petite victoire en effet Petite Yaye. Comme quoi il ne faut jamais baisser les bras et se battre pour ses idées. Doucement on gagne des batailles humaines qu’on croyait jusque alors impossibles.

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  4. Catwoman says:

    C’est clair que même si l’avortement est légal en France, sa prise en charge reste à revoir. Je me suis une fois retrouvée en rdv pour un avortement (qui n’a pas été réalisé au final). Autant, je n’ai rien eu à redire du médecin (contrairement à ce que j’ai pu lire de beaucoup) : il ne m’a pas dit de regarder le haricot, il ne m’a pas fait écouter le cœur … Mais j’aurais beaucoup à redire de la salle d’attente qui était la même que pour les grossesses avancées qui faisaient leurs échographies classiques :/

    Les lois sont là, maintenant, il y a les mentalités à changer. Et tu le dis très bien : il est temps de se rendre compte que les femmes sont des êtres humains à part entière !!!

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    • Marie Kléber says:

      C’est quelque chose que je ne comprends pas en effet Catwoman. Comment peut-on humainement laisser des femmes enceintes dans la même salle d’attente que des femmes souhaitant une IVG?
      Il y a un monde entre ces deux choix.
      Les lois sont là mais sans les mentalités pour les faire tenir debout, elles restent fragiles.

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  5. mamily says:

    J’ai assisté il y a 2 ans au Québec à une IVG pour une personne très proche, je peux dire que c’était dans des conditions très dignes, humaines, dans une clinique gratuite uniquement consacrée aux IVG, un respect et une humanité pour toutes ces femmes qui ne venaient pas de gaieté de coeur, vraiment je regrette que de telles structures n’existent pas en France, personne n’a le droit de culpabiliser et juger ces jeunes femmes, c’est un choix souvent difficile à prendre. Je vous admire de vous battre pour cette cause, à 72 ans je ne peux plus m’engager, seulement m’indigner. Bravo à vous, je vous embrasse.

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Un petit mot doux pour la route...

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