Un don hors du commun

Je regarde le ciel comme si il avait le pouvoir de me tomber sur la tête et de m’anéantir d’un coup.

Toute séparation est un deuil. Comment fait-on pour reprendre goût à la vie quand tout perd de sa saveur, quand chaque minute compte double, quand le visage tant aimé d’un être n’est plus qu’un vague souvenir sur une photo froissée, quand un parfum nous ramène inéluctablement vers le passé ?

Elles savaient. Elles avaient toutes aimé et perdu. Elles avaient toutes plongé la tête sous l’eau avant moi. Elles savaient toutes qu’on s’en sortait un jour, pas tout de suite, mais plus tard, évidemment, forcément. Elles disaient toutes les mêmes mots. Elles avaient toutes les mêmes gestes de réconfort greffés sur les paumes de leurs mains. Elles scandaient toutes les mêmes idées, comme dans ces films au générique final enrobé de sucre glace. Elles me parlaient des heures au téléphone. Elles m’obligeaient à me lever, à me laver, à sortir, à affronter le vent, la pluie, à faire face au soleil sans plisser les yeux, à esquisser un sourire devant un arc en ciel. Elles ne baissaient jamais les bras devant mon manque de volonté, devant les pizzas surgelées à moitié entamées qui s’entassaient sur le carrelage de ma cuisine, devant la pile de linge qui grandissait au fil des jours, devant les machines à laver que je lançais, juste pour le plaisir de voir le linge tourner, et que je ne vidais jamais. Elles continuaient à me rendre visite, même au beau milieu de la nuit, dès que j’appelais en fait ou que mon numéro apparaissait plus de cinq fois de suite sur leur écran poussiéreux. Elles m’emmenaient en vacances, me faisaient faire du vélo sur des routes de campagne désertes, me faisaient boire du vin cher, m’embarquaient à l’autre bout du monde, sur des chemins de grande randonnée. Elles me conduisaient au travail, prenaient mes rendez-vous chez l’esthéticienne. Elles me faisaient voir du pays. Elles allaient me chercher des livres à la librairie, des livres qui parlaient de toute forme de rédemption et d’amour simple aussi. Elles y croyaient, dur comme fer. Elles y croyaient et elles me poussaient à y croire. Elles me prenaient dans leurs bras, calmaient mes soubresauts d’enfant malade, séchaient mes larmes salées, me murmuraient des mots doux, ces mots qui aident à oublier.

Elles savaient que la roue tournerait. Elles savaient que la vie ne s’arrêtait pas avec un SMS, un adieu silencieux. Elles savaient que ça faisait mal, mais que la plaie ne resterait pas ouverture éternellement. Elles savaient qu’un matin peut tout changer, qu’on fait son deuil sans en avoir l’air. Elles savaient que le jour où je n’achèterai plus son parfum, où je ne m’enroulerai plus dans son sweat en laine, où j’arrêterai d’écouter en boucle la musique de notre rencontre, elles savaient que ce jour-là je quitterai mon déguisement de veuve noire pour toujours.

Elles avaient appris que la nuit ne dure jamais plus de quelques heures. Elles avaient un don hors du commun. Elles avaient réussi à faire renaître l’espoir au milieu des cendres de ma vie.

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12 thoughts on “Un don hors du commun

    • Merci Karine. Ce n’est pas autobiographique mais c’est vrai que j’ai quand même eu de la chance d’avoir toutes ces belles personnes autour de moi pour remonter la pente.
      Bises et belle journée!

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  1. Les amies… Elles sont tellement précieuses… Je dis souvent que mon âme sœur ce n’est pas mon mec, mais ma meilleure amie qui me connaît et m’aime comme personne d’autre! Comme on disait, c’est pour ça que c’est bien de s’ouvrir aux autres, pour leur laisser la possibilité de nous montrer qu’ils nous aiment.. J’espère qu’elles liront cette jolie déclaration!

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    • Tout à fait d’accord ma belle. Elles ont de qualités incroyables ces filles là. C’est en m’ouvrant à elles, que je leur ai donné une chance de me tendre la main.
      Je crois que de toute ma vie, je n’oublierai jamais ce qu’elles ont fait pour moi.
      Je t’embrasse et merci.

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    • Nous avons tous plus ou moins des amies aussi épatantes, enfin j’espère en tous cas.
      Merci beaucoup et bienvenue chez moi!

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  2. Un petit bijou ce texte qui démontre que pour faire son deuil d’une disparition, d’une absence rien de tel que l’Amitié ! Ce sont les vraies amies qui redonnent goût à la vie ! Tu es fine psychologue Marie 🙂 Bel après midi Bisous

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    • Les amies sont des êtres exceptionnels Paulette! Elles savent mieux que tout le monde comment guérir les blessures.
      Je te remercie pour ton mot. Grosses bises et belle après-midi.

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Un petit mot doux pour la route...

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