Une tragédie Syrienne

Plume et Poésie

Sous les ruines, l’enfer se devine mais ne s’imagine pas, de crainte de voir les fantômes revenir sur les lieux du drame. Dans les rues commerçantes ravagées, les rires des enfants divisent le silence de plomb qui s’est abattu sur la ville depuis le commencement des hostilités. D’un côté l’espoir et l’envie de reconstruire. De l’autre, la terreur ancrée dans les yeux des survivants, écartelés et divisés.

Les maisons ne tiennent debout, que par le biais de minuscules blocs de béton reliant le bas avec le haut, l’avant avec l’arrière. Ceux qui sont revenus, cherchent ici et là des restes du passé, des souvenirs éparpillés et à moitié bouffés par les rats, qui ont fait de ces décombres leur terrain de chasse privilégié.

La route principale est jonchée d’ordures. Les enfants y jouent pieds nus, insouciants, comme si la guerre ne pouvait les atteindre. Ils ne regardent pas en arrière. Ils ne regardent pas l’avenir. Ils sont figés dans le présent, comme des statues de glace.

Les adultes font des va et vient entre le monde qu’ils ont quitté et celui qui leur fait face. Il y a quelques années, ils étaient pauvres mais ne se plaignaient de rien. Ils allaient travailler, gagner ce qu’il fallait pour vivre, pour nourrir leur famille. Ils ne demandaient rien d’autre. Ils n’enviaient personne. Aujourd’hui, ils n’ont plus rien. Ils se demandent comment ils vont tenir jusqu’au lendemain.

Ici et là, on croise des cadavres d’animaux, des restes de vaisselle ébréchée, portant les initiales d’une famille, dont il ne reste plus qu’un parent fatigué. Les carreaux des fenêtres ont été soufflés par les explosions à répétition. On les a remplacés par des bouts de tissus, des morceaux de cartons, récupérés au hasard.

Quand le soleil se couche, la ville se dresse dans le ciel noir, meurtrie, blessée dans sa dignité royale. De sa splendeur d’antan, il ne reste que des ruines grises, des maisons éventrées et offertes en pâture aux pillards de passage. Ses habitants ne sont plus que des ombres folles, qui se remémorent le passé et font fleurir la vie au milieu des décombres, pour ne pas sombrer ni mourir avant l’heure dite.

Au loin, les drapeaux du régime n’en ont que faire. Ils sont toujours debout. Ils sont le symbole d’une toute-puissance destructrice, qu’aucun pays ne se sent prêt à combattre. Il y a longtemps que la vie des Hommes ne fait plus le poids face au pouvoir et à l’argent.

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Crédit Photo – Khalil Ashawi

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7 thoughts on “Une tragédie Syrienne

  1. C’est désespérant quand on réalise que ce qui fait “tourner le monde”, c’est uniquement l’argent et le pouvoir, et que la vie humaine ne compte pas.Et encore, on ne peut même pas dire que le monde tourne rond….

    Très beau texte.
    Bises à toi Marie,
    Linette

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    1. Merci Linette. C’est dur de voir les hommes passés après l’argent et le régne du pétrole, du pouvoir, de la violence et de la guerre.
      Grosses bises de nous deux.

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    1. Depuis le début de ce massacre, j’ai mal pour eux, pour ces gens qui n’ont plus rien et qui continuent quand même à y croire.

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  2. Merci pour cet article pour eux Marie. C’est vrai qu’on n’y pense pas à cette tragédie, on ne se sent pas concerné, on vit notre vie tranquille, bien au chaud dans notre confort, et pourtant.. Et pourtant…

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    1. Merci Illyria. Pas facile pour nous de saisir l’étendue de cette tragédie humaine. Quelques fois il suffit d’une image, d’un témoignage pour se sentir à nouveau concerné.

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Un petit mot doux pour la route...

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