Rien de grave entre vous

« Il ne s’est rien passé de grave entre vous ».

On est en droit de se demander ce qu’on entend par violence. La définition du dictionnaire est la suivante : action brutale physique ou morale envers quelqu’un. Pour ma part, je considère qu’il y a violence à partir du moment où il y a non-respect de l’intégrité d’une personne.

La violence revêt plusieurs formes, qu’elle ait lieu au sein ou en dehors du couple. Elle est économique, sexuelle, verbale, physique, psychologique, spirituelle. La violence détruit. La violence détruit, même quand la victime n’a aucun bleu sur son corps ou son visage.

Pourtant aujourd’hui encore, malgré une envie sincère d’aider les femmes (les hommes dans certains cas) et les enfants, seules certaines violences sont prises en compte. S’il y a eu harcèlement, menaces, mépris, silence, on considère qu’il n’y a rien de grave. Comparé à une femme battue à mort, un enfant maltraité ou violé, c’est indéniable. Mais doit-on créer une échelle de gravité ou considérer la violence dans son ensemble et agir pour éradiquer ce fléau ?

Aujourd’hui pour que les violences conjugales soient reconnues, il faut pouvoir délivrer une ITT de plus de x jours. Il faut prouver la violence répétée et acharnée. Il faut ne plus pouvoir marcher ou être couverte de cicatrices, c’est ça ?

« Il ne s’est rien passé de grave entre vous ». Bien sûr, je n’ai jamais été tapée. Je n’ai jamais été humiliée en public. Je n’ai jamais été violée par mon époux. Vous non plus peut-être et pourtant, la blessure est belle et bien là.

  • Le fait de traiter sa compagne de « put*** », c’est quoi ?
  • Le fait de refuser de se protéger lors d’un rapport sexuel, c’est quoi ?
  • Le fait d’interdire à sa compagne d’aller dans tel endroit, de fréquenter telle personne, c’est quoi ?
  • Le fait d’utiliser le silence pour « punir » sa compagne parce qu’elle a refusé un rapport sexuel ou ne s’est pas comportée comme une bonne épouse, c’est quoi ?
  • Le fait de ne pas contribuer aux charges de la maison, de la famille, c’est quoi ?
  • Le fait de forcer sa compagne à arrêter de travailler, c’est quoi ?
  • Le fait de la harceler pour se marier, c’est quoi ?
  • Le fait de prendre des décisions sans lui demander son avis, c’est quoi ?
  • Le fait de dénigrer la croyance de l’autre, de ne pas l’autoriser à pratiquer sa religion, c’est quoi ?

La liste est longue, mais je m’arrêterai là. Vous m’avez comprise. La violence est belle et bien présente, à partir du moment où l’autre est emprisonné dans une relation, est maintenu dans un état d’objet, est manipulé, n’a pas le choix et n’est plus capable de donner son opinion, marche sur des œufs sans arrêt pour ne pas créer de conflit, se renferme sur lui-même, se nie.

« Il ne s’est rien passé de grave entre nous ».

J’ai gardé des photos de lui. Je le reconnais sur des souvenirs. Mais même en essayant d’oublier, de passer sous silence la peur qui m’a tenue lieu de meilleure amie pendant longtemps, c’est son visage en furie qui me fait face sans cesse. Je n’arrive pas à l’oublier. Je n’arrive pas à passer outre.

Depuis près d’un an et demi, je me bats. Je me suis battue pour donner naissance à mon enfant, je me suis battue pour échapper à la pression de mon ex-mari, je me suis battue pour ne pas céder à ses « je t’aime » qui ne voulaient plus rien dire, je me suis battue face à ses menaces et ses mots durs. L’urgence était de repartir, d’assurer un début de vie sereine à notre enfant, de lui épargner la fragilité d’une situation que je ne maîtrisais pas.

Faire son deuil, je n’en ai pas eu le temps. Il a fallu tout reconstruire. Il a fallu partir de rien et recréer. Pendant longtemps j’ai refusé en bloc de me dire que j’avais peut-être été victime de manipulation, que j’avais peut-être fais les frais d’une quelconque forme de violence psychologique. Je me disais juste qu’il n’avait pas su m’aimer, comme j’attendais de l’être.

Aujourd’hui, il n’y a plus de victime, plus de bourreau. Aujourd’hui, il n’y a pas de retour en arrière possible. J’ai la vie devant moi et je pense qu’il est grand temps que je fasse mon deuil, que j’accepte pleinement et simplement cette histoire, notre histoire pour avancer vers une vie plus sereine et plus en accord avec moi-même.

J’ai entrepris une psychothérapie et parallèlement à ça, je ressens le besoin de me libérer par l’écriture. En fait je crois qu’il est temps d’écrire mon histoire. Un peu de réalité, un peu de fiction. Mettre des mots pour comprendre, pour accepter, pour rebondir, pour passer à autre chose et aussi pour mieux appréhender la suite, pour être à la hauteur pour notre enfant, pour l’aider à se connaître, à grandir, à vivre avec ses deux cultures, ses deux identités.

J’ai les premières lignes en tête. C’est hier que j’ai eu le déclic. Si vous me suivez depuis longtemps, vous devez vous dire, cette fille change d’avis comme de chemise (et vous n’aurez pas tort), elle va commencer son histoire et nous larguer au milieu du chemin. C’est possible, même si cette fois-ci j’ai réellement envie de m’y mettre, j’ai réellement envie de passer à autre chose, de laisser la place pour autre chose surtout. Je vais tout faire pour que cette histoire ait un début et une fin, tout faire pour me libérer, pour arracher mes chaînes, pour laisser mes angoisses de côté. Comme le Phoenix qui renaît de ses cendres, je vais sortir de l’ombre, revenir à la vie, éclatante et vraie.

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Crédit Image

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19 thoughts on “Rien de grave entre vous

  1. malise says:

    Mes blessures ne sont pas les mêmes que les tiennes, mais je comprends ton besoin de poser des mots sur ce que tu as vécu. Pour ma part, c’est cet exutoire qui m’a permis d’aller de l’avant. Je n’arrivais pas à exprimer oralement ce qui n’allait pas. L’écriture m’a libérée, et j’espère que ce sera la même chose pour toi. Et puis, si un jour tu décidais d’arrêter en cours de route, ne t’inquiètes pas, ce serait très bon signe. Celui que tu n’as plus rien à dire, que la page est définitivement tournée. Fonce!

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    • Marie Kléber says:

      Merci beaucoup Malise pour ton soutien. Je répète tellement mon histoire depuis des mois et des mois, que je ne sais plus vraiment où j’en suis, ce qui est dur et ce qui l’est moins.
      Je crois que l’écrire me fera le plus grand bien.
      Douces pensées de Paris.

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  2. Marie says:

    J’admire le courage que tu as eu. J’aurais aimé qu’une personne très proche de moi trouve ce courage aussi. Elle fêtera bientôt ses 42 ans de mariage en affichant un sourire de circonstance – alors que derrière, elle vit un enfer 😦
    Dans son cas aussi, il n’y a jamais eu de coups. Pas même d’insultes. Mais des explosions de colère qui la réduisent à néant et qu’elle n’a jamais osé affronter.
    Les mots peuvent blesser aussi sûrement que les coups et la manipulation mentale est une vraie violence qui détruit la personne de l’intérieur, insidieusement. L’impact de cette forme de violence est souvent minimisé ou mal compris, c’est pourquoi tu as tout à fait raison d’en parler.
    Je suis sûre que tu parviendras à mener à bien ce projet d’écriture. En tout cas, je crois qu’il est déjà très attendu !

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    • Marie Kléber says:

      Ce type de violence est mal connu et encore trop souvent ignoré ou passé sous silence.
      C’est dur de voir quelqu’un de proche vivre ce genre de vie et ne rient pouvoir faire. Marcher sur des oeufs, faire attention à ce que l’on dit pour ne pas “provoquer” l’autre, j’ai connu. A la fin, on garde le silence par choix. On se fait tout petit. On attend que la crise passe. Jusqu’à la prochaine.
      Encore merci pour ton soutien et tes mots Marie.

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  3. La Fripouille says:

    Ton article est tellement vrai Marie… Tu as raison, la violence ne se résume pas uniquement aux coups et blessures. La violence morale peut être bien pire… et rares sont ceux qui s’en sortent sans séquelles.

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    • Marie Kléber says:

      Merci Asmaa; Je crois que plus on en parlera, plus les victimes oseront et trouverons le courage de se faire aider, plus on pourra faire avancer les choses. Nos expériences doivent nous permettre d’aider les autres.
      Merci et prends bien soin de toi.

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  4. Miss Tournesol says:

    Ma belle, personne ne doit minimiser ce que tu as vécu, c’est clair. Tu le sais, je ne peux que t’encourager à écrire ton histoire, je crois qu’on tient d’ailleurs un titre là 😉 Fais-en un livre, un roman, parce qu’il servira à tant de femmes! (et puis je rêve d’être ton impressario!!) Plein de bisous ♥

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    • Marie Kléber says:

      Avec une déclaration comme celle-ci, on ne peut que se lancer ma toute belle! Mille merci pour tout.
      Ca y est j’ai franchi le pas. Le titre n’est pas très accrocheur mais on peaufinera les détails après…
      Je vous embrasse bien fort tous les trois.

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  5. Melgane says:

    On ne considère pas qu’il n’y a rien de grave s’il y a harcèlement : le harcèlement est un délit et le seul pour lequel on n’a pas besoin de qualifier la volonté de nuire. Mais sinon tu as raison pour la définition de la violence ^^’

    Ca me fait penser à une scène à laquelle j’ai assisté à l’arrêt de métro aujourd’hui. J’ai cru que j’allais me lever pour rapper le gars tellement il m’énervait. Il devait avoir la trentaine et avait un sac Adidas en bandoulière, un peu déchiré au niveau de la jointure entre la fermeture éclair et la sangle. Il était au téléphone avec quelqu’un j’ai pensé que c’était peut-être sa copine mais c’était aussi peut-être un ami. Il lui disait qu’il en avait marre de marcher partout avec un sac déchiré et qu’il/elle avait intérêt à se magner fissa pour lui apporter un autre sac parce qu’elle/il “faisait chier avec ses sacs à la con” et que si il/elle se rappliquait pas 15min plus tard à un autre arrêt de métro il mettrait ses affaires à la poubelle et il/elle n’aurait plus qu’à chercher dans laquelle. L’autre a dit quelque chose et il a répondu “je suis pas ton chien” et “c’est toi qui vient, je me déplace pas !”. J’ai cru que j’allais l’étrangler. Il lui parlait comme à de la merde depuis au moins 2 minutes et il a osé dire “je suis pas ton chien”… enfin bref.

    Je pense que c’est une bonne idée d’écrire ton histoire, parfois ça permet de passer à autre chose 🙂

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    • Marie Kléber says:

      Sauf que pour ce “psychologue clinicien”, rien n’était grave. En fait il aurait fallu qu’il me passe à tabac pour que ce soit grave. C’est le mal de notre société, attendre que les choses deviennent impossibles, invivables pour réagir.
      Pourtant dès qu’il y a violence, il y a danger. Comme l’exemple que tu donnes. Ce n’est pas tolérable de parler de cette manière à quiconque. Mais on l’accepte. C’est pas bien grave au fond.
      Merci pour tes encouragements Melgane.

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      • Melgane says:

        C’est sur que s’il y a de la violence verbale il y a de fortes chances qu’il y est de la violence physique, que ça soit un “pétage de câble” ou la suite “logique”. S’il y a violence verbale il y a violence, et même si on considère que seule la violence physique est de la violence, comme la suite c’est la violence physique, il faut faire quelque chose quand même parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir.

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  6. Petitgris says:

    J’ai beau avoir reçu des coups ce sont les mots et les attitudes méprisantes qui m’ont fait le plus mal ! La personne qui a dit ” rien de grave ” n’a jamais été manipulée, insultée et méprisée ! De plus je lui décerne un zéro pointé en psychologie ! Tu sais Marie que c’est Juniorette qui s’est rendue compte que je n’avais toujours pas oublié ni mon ex ni ma mère et qui m’a conseillé de le dire sur mon blog. Depuis que c’est fait ,j’ai pu tourner la page, je respire enfin librement. Alors fais-le , écrit ton histoire pour toi d’abord, pour ton fils ensuite quand il sera en âge de le lire et pour mettre en garde d’autres jeunes femmes. En plus, tu as une belle écriture : vas-y, fonce Marie ! 🙂 Bisous à tous les deux

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    • Marie Kléber says:

      Le mépris, je crois que ça fait extrêmement mal Paulette. C’est ce qui m’a cassée. Quand le type “psychologue clinicien” quand même, m’a dit ça, je me suis dit ” non, ce n’est pas vrai, c’est grave”. Si on accepte ça, on laisse la porte ouverte à tous les drames, on accepte l’inacceptable.
      Merci pour tes mots rassurants, ton soutien qui ne faiblit pas. Merci de me lire et de me donner le courage de coucher les mots sur le papier. Ca ne peut être que salutaire, tu as raison.
      Je t’embrasse fort.

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  7. Illyria says:

    D’où l’adresse url de ton blog “Variation”, “Le premier pas qui coûte” ^^
    Je comprends ce que tu ressens pour l’écriture, c’est comme ça qu’on se libère. Je me rends compte que quand j’accepte de mettre vraiment des choses sur ce que j’ai ressenti / je ressens, c’est que j’accepte de les reconnaître et de me libérer d’elles, et donc d’avancer…
    On ne ressort pas indemne d’une telle relation aussi longue, tu fais des bons choix Marie, continue tu es sur le bon chemin, courage! ❤

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    • Marie Kléber says:

      Merci Illyria. Merci pour tes mots. Je sais que tu me comprends.
      L’écriture permet de passer à autre chose. Une fois que c’est dit, j’ai comme l’impression que ça ne m’appartient plus et je revis.
      Le chemin est long, mais ça vaut le coup!
      Bises et belle journée à toi.

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  8. Wondersissi says:

    Dur d’ajouter quoi que ce soit à tout ce qui a été déjà dit.. Ca doit être horrible d’entendre quelqu’un t’expliquer que “rooh ca va hein, c’est pas SI grave quand même”.. j’ai même du mal à l’envisager.. Ecris, écris tout ce que tu peux, j’aime tellement ta plume à “fleur de mots”, que je suivrai tous tes chemins bloguesques!

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    • Marie Kléber says:

      Mille merci ma belle. Sur le coup, je n’ai rien dit. J’ai approuvé, je ne voulais pas rentrer dans un débat inutile. Mais en sortant je me suis quand même dit “quel con” de me sortir ça. Si on apprend que traiter une femme comme une serpillière ce n’est pas grave, je me demande bien ce que va devenir le monde.
      Bises et belle journée.

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