L’école des mères

J’aurai pu écrire “on ne naît pas mère, on le devient”, comme pour reprendre le sens d’une célèbre phrase de Simone de Beauvoir.

Une mère a tué son enfant en la laissant sur une plage à marée haute. Atroce. Criminel. Et pourtant cette femme je ne la condamne. Il faut être totalement désespéré pour commettre un tel acte.

J’ai été désespérée. J’ai désiré très fort que l’enfant que je portais ne soit plus. J’ai voulu abandonner mon enfant à la naissance. J’avais si peur de ne pas l’aimer, de lui en vouloir. J’avais conscience que je pouvais lui faire du mal et je le criais, alors même que les seules personnes qui auraient été capables de m’aider ne voulaient pas m’entendre. Seule j’aurai sûrement sombré. Mais je n’étais pas seule. C’est ce qui nous a sauvés.

Combien sont-elles à affronter leurs doutes, leurs angoisses de début de mois quand une fois les factures payées il ne reste presque plus rien? Combien sont-elles à faire des heures supplémentaires, sans famille ou amis pour passer le relais quand elles n’en peuvent plus?

Combien sont-elles à oser avouer une dépression, un manque d’amour pour leur enfant, sans se sentir les pires mères du monde?

Combien sont-elles à survivre?

Alors, certes ,on nous apprend de bonnes choses à l’école, des tonnes de choses. Des années d’étude pour tout savoir : lire, écrire, apprendre nos tables de multiplication et savoir différencier un triangle isocèle d’un triangle équilatéral, analyser les textes de Flaubert et de Proust, faire des expériences d’apothicaire dans des laboratoires, comprendre les enjeux de la politique des pays, parler une, deux voir trois langues. On nous teste, on nous note. On nous apprend à réfléchir, à penser. On nous saoule de mots, d’idées, d’information.

En tant que futur-mamans, on nous prépare à la naissance, on nous apprend à respirer, a nous relaxer, à méditer. Mais une fois l’enfant dans nos bras, il nous faudrait tout savoir, tout connaître.

Puis on nous laisse, seules dans la nature, après 4 jours à la maternité. Bien sur, il y en a beaucoup qui s’en sortent, qui gèrent. Il y en a qui demandent de l’aide, qui osent.

Et puis il y a les autres, celles qui restent dans l’ombre, celles qui s’en veulent, celles qui se sentent vite perdues, qui se détestent, celles qui n’ont plus la force, celles qui dérivent.

Comme pour tout, chacune vient avec son lot de problèmes, de rêves gâchés, un passé plus ou moins lourd. Chacune essaye de garder le cap, a sa manière.

Mais la solitude, l’isolement, les enfants qui pleurent, le moral qui chute, la fatigue qui gagne, le monde qui part en vrille sous nos yeux, les soucis d’argent, la peur, les angoisses, sont autant de causes qui créent un mal être, un malaise, qui s’avère dans bien des cas, insurmontable.

Il revient à la société, à nous tous d’aider et de soutenir ces femmes en détresse, ces femmes au pied du précipice, incapables de refaire surface. Il revient à la société de les accompagner, de les réintégrer, de les écouter et d’apaiser leurs maux et leur douleur.

Une école des mères, en voilà un projet qui mériterait que nous sortions toutes et tous dans la rue. Une école pour apprendre qu’aimer son enfant, ce n’est pas avoir toutes les réponses. Une école pour apprendre à parler, à oser dire les choses qui font mal. Une école pour partager, pour se sentir épauler dans notre rôle. Une école pour nous rassurer, pour nous pousser dans la bonne direction ou nous remettre sur le chemin.

N’oublions pas que personne n’est à l’abri d’une tragédie, d’un acte insensé, quand tout se bouscule, quand la vie ne tient plus qu’à un fil, trop fragile.

Credit Image – Blanqi Tumblr

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12 thoughts on “L’école des mères

  1. Et oui on oublie trop souvent qu’on devient mère peu à peu … Et tu as raison Il ne faut pas juger les actes d’êtres desesperes… Car il faut etre desespee pour en arriver la. Très beau billet Marie, très émouvant, Bisous

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    1. Il faut etre desepere Catherine. Et qui sommes nous pour juger.
      Chacun fait ce qu’il peut. Etre parent c’est un cadeau mais une tache difficile aussi.
      Grosses bises et Merci pour tous, tes cadeaux ont egaye mon weekend.

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  2. Ton texte est touchant mais je ne peux pas m’empêcher de penser que si ca ne va pas c’est à soi même qu’on doit s’en prendre ! Non je ne peux pas croire qu’on puisse s’en prendre à un enfant, c’est trop injuste, c’est trop lâche. Non je ne peux pas pardonner ou trouver des excuses. Je suis désolé, qu’on se jette d’un pont mais qu’on laisse vivre cet enfant qui n’a rien demandé. Attention, j’ai eu des moments de désespoir seule avec ma première mais j’ai préféré taper dans un mur, j’ai préféré prendre l’air et me poser des questions sur moi………

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    1. Sass, je comprends ton point de vue. Mais je pense qu’on ne peut jamais se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre. Certaines personnes font face et d’autres n’ont pas la force.
      Je trouve moi aussi que c’est atroce de faire souffrir un enfant et je ne tolere ni la maltraitance, ni les horreurs dont on entend parler jour apres jour, sur des parents qui torturent ou battent leurs enfants a mort.
      Par contre quelques fois je sais que le desespoir peut nous pousser a faire des choses, a poser des actes dont nous n’aurions jamais pense etre capable.
      Tu dis sauter d’un pont, oui, mais l’enfant n’a rien demande. L’enfant n’a pas non plus demande de vivre une tragedie.
      La vie est difficile et chacun fait comme il peut, tres souvent.
      Merci en tous cas pour ta participation au debat.

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  3. Ton texte est si juste et si touchant, c’est vrai que devenir et être mère fait partie de ses choses qui peuvent être si difficiles, nous ne sommes pas toutes armées de la même façon face aux épreuves, ça mériterait effectivement que soit questionné cette accompagnement à la parentalité qui n’est pas toujours suffisant ou accessible en tous cas

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    1. Merci beaucoup pour ton passage et ton commentaire. Juste un suivi et savoir que ou que l’on soit quelqu’un est la pour nous aider a avancer et a remplir notre role de parent.

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Un petit mot doux pour la route...

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